Tour extérieur des Administrateurs de l’état 2024, le compte n’y est toujours pas !
- Le 11/02/2025
- Dans articles 2025
La sélection au tour extérieur des administrateurs de l’Etat (TEAE), qui a remplacé la sélection AFIP en 2023, permet aux fonctionnaires de catégorie A d’accéder au corps des administrateurs de l’état. Une voie présentée comme « spécifique aux AFIPA » a été créée lors de l’intégration des AFIP dans le corps des administrateurs de l’Etat, permettant aux AFIPA avec 2 ans d’expérience de participer à cette sélection.
Dans les faits, cette voie n’a rien de spécifique puisque les AFIPA doivent se préparer au même exercice que les autres candidats.
Le tour extérieur est régi par plusieurs textes législatifs, notamment le décret n°2021-1550 du 1er décembre 2021 , qui établit le statut particulier du corps des administrateurs de l'État. La procédure se déroule en deux phases : une présélection ministérielle sur dossier et une sélection interministérielle sur entretien.
La présélection ministérielle se fait sur production d’un dossier écrit qui comporte plusieurs documents, dont une réalisation professionnelle et une présentation du parcours de carrière.
La sélection interministérielle consiste en un oral de 30 minutes devant un jury de 8 membres. Contrairement à la précédente sélection AFIP, cet exercice ne vise pas à valoriser un parcours de carrière et des capacités managériales, mais à juger de la capacité du candidat à réagir sur tout type de sujet et à synthétiser tout sujet d’actualité en moins d’1min30. Cela correspond donc davantage à une sélection visant à recruter des sous-préfets, et va à revers de nos métiers très techniques dans lesquels nous avons développé une expertise forte et reconnue.
La perte de nos valeurs
La première année de sélection a mis en valeur le décalage entre les compétences d’expertise et de rigueur détenues par les candidats de la DGFIP et cet exercice. Ainsi, alors qu’on nous annonçait une promotion de 35 personnes, seuls 17 AFIPA ont été promus.
De plus, nous avons observé que les candidats retenus avaient très régulièrement changé de postes ou s’étaient distingués par une mobilité géographique forte, et qu’une mobilité tous les 3 ans est d’ailleurs très valorisée lors des oraux blancs.
A l’opposé, le nouveau mode de sélection écarte les collègues qui se sont investis dans un domaine spécifique comme le contrôle fiscal ou l’informatique par exemple, ou qui ont fait des parcours uniformes (du point de vue du jury !).
En 2024, les résultats sont un peu meilleurs avec 23 AFIPA reçus dont de nombreux « redoublants ».
Nous pouvons nous en réjouir mais les retours des candidats, et même du jury et des comités de sélection , confirment que la préparation demande un fort investissement en temps, qui peut ainsi s’étaler sur plusieurs années.
Pour des candidats AFIPA aux emplois du temps bien remplis et avec charge de famille, cela peut être un vrai frein, alors que dans d’autres administrations, les attachés et attachés principaux s’y préparent depuis des années.
De plus, cet exercice valorise la forme plutôt que le fond et aucun candidat, même extérieur à la DGFIP, n’a à notre connaissance été interrogé sur la DGFIP, qui pourvoit pourtant la moitié des postes en sortie. Est-ce la DGFIP que nous voulons ?
Pour les IP, l’exercice s’est également révélé décevant. En effet, certains ont cru pouvoir candidater sans attendre de passer par le grade d'AFIPA. Ces espoirs ont été de courte durée : en 2023 comme en 2024, seulement 2 ou 3 d’entre eux ont été promus. En effet, le positionnement des IP dans une grande administration à réseau comme la DGFIP correspond moins au profil « habituel » des attachés principaux candidats à cette sélection qui, dans d’autres administrations, sont plus facilement positionnés chefs de bureaux.
Si effets d’aubaine il y a eu, ils restent marginaux.
La fin d’un statut
En termes de rémunération et de perspectives de carrière, seul l’avenir nous dira si cela reste intéressant pour les AFIPA.
Côté rémunération, le niveau indemnitaire atteint dans le grade d’AFIPA est garanti, mais nul ne sait si ce niveau pourra être conservé au 1er changement de poste (cela dépendra sans doute de la capacité de négociation du candidat) et, point d’attention, cet engagement n’est valable qu’à la DGFIP. Vous avez dit mobilité ?
De plus et pour mémoire, les collègues placés sur un HEA récupèrent uniquement le régime « standard »… sauf exceptions de durée, mais jusque quand ?
Et pour passer le grade supérieur, c’est-à-dire le 2ème grade qui est celui des ex-AFiP, les textes indiquent qu’il faut 6 ans et une mobilité. Il se dit que les ex-AFIPA pourraient atteindre ce 2ème grade plus vite. Nous suivrons cela avec attention. Rappelons que les ex-AFIPA ont en effet déjà derrière eux une carrière avec des postes à responsabilité et à enjeux, et nous soutenons évidemment qu’ils doivent passer plus vite au 2ème grade qui permet par ailleurs d’accéder aux emplois fonctionnels.
Ce que nous demandons
Tout simplement la reconnaissance de notre expertise et de notre investissement afin de maintenir le bon fonctionnement de notre maison DGFIP !
Cela signifie de continuer à offrir aux AFIPA et aux IP la possibilité d’évoluer à d’accéder à des fonctions supérieures… tout en limitant la mobilité géographique exigée… donc mieux accompagner les candidats au tour extérieur, mais aussi expliquer au jury les spécificités des carrières et des compétences des candidats de la DGFIP… et tenir compte des aspirations géographiques des lauréats...
Cela signifie également l’ouverture de postes de directeurs adjoints à des AFIPA (ce qu’autorisent les textes*) en leur permettant, par ce biais, d’intégrer le corps de AE, plutôt que de recruter des attachés principaux ou hors classe sur ces postes.
A défaut, les carrières d’AFIPA deviendront moins attractives si la DGFIP ne permet plus de dérouler des parcours valorisant les compétences acquises qui font que ses cadres sont capables de porter des sujets techniques et complexes, y compris sous l'angle informatique ou organisationnel, ce que les usagers et autres administrations leur reconnaissent.
A défaut, le risque de désalignement des cadres avec la hiérarchie est clair et ce risque pourrait impacter la DGFIP à court terme dans sa capacité à poursuivre sa modernisation. Au SCSFIP, ce n’est évidemment pas ce que nous voulons.
* L’article 6 alinéa 3 du décret n°2022-644 du 25 avril 2022 relatif aux emplois de direction de la direction générale des finances publiques et modifiant le statut particulier des administrateurs des finances publiques prévoit bien la possibilité d’accéder aux emplois de direction de la DGFiP à tous « Les fonctionnaires autres que ceux mentionnés au 1° relevant de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale ou de la fonction publique hospitalière, titulaires du grade d'administrateur des finances publiques adjoint ou du grade d'attaché hors classe ou d'un grade assimilé, justifiant au 1er janvier de l'année considérée de huit ans de services effectifs dans un corps de catégorie A ou dans un emploi du niveau de la catégorie A ou assimilé et ayant exercé des fonctions dans un service rattaché à la direction générale des finances publiques pendant une durée minimum de cinq ans. »